J’entends souvent cette phrase en formation. Elle vient d’étudiants, d’entrepreneurs et même de responsables marketing.
Et trop souvent, elle sert d’excuse : on copie une stratégie conçue ailleurs, ou on décide au feeling.
Pourtant, les données existent. Elles sont parfois dispersées, anciennes ou difficiles à trouver. Mais elles existent.
Le vrai défi, c’est de savoir où chercher et de prendre l’habitude de produire ses propres données.
Voici les 5 sources que je consulte avant de construire une stratégie.
1. Les données officielles
C’est souvent le meilleur point de départ.
En Côte d’Ivoire, l’Institut National de la Statistique publie les résultats du RGPH 2021 : population par région, âge et niveau d’instruction. On y trouve aussi des enquêtes sur les conditions de vie des ménages, utiles pour mieux comprendre leurs dépenses.
L’ARTCI publie des statistiques sur les télécommunications : abonnements mobiles, accès à Internet et mobile money. Des informations essentielles quand on veut vendre en ligne.
La BCEAO suit l’évolution des services financiers numériques dans l’UEMOA. Vous voulez comprendre le marché des paiements par Wave ou Orange Money ? C’est une source à consulter.
Et n’oubliez pas les ministères : santé, agriculture, commerce, éducation… Leurs données ne sont pas toujours publiées en ligne, mais une demande bien formulée peut ouvrir des portes.
2. Les données internationales
La Banque mondiale, la GSMA, Afrobarometer ou DataReportal publient des rapports sur nos pays : usage d’Internet, réseaux sociaux, inclusion financière, opinions des citoyens…
Ces données sont utiles pour comparer les marchés ou appuyer un dossier auprès d’un investisseur.
Mais attention : une moyenne nationale ne décrit pas votre client. Le comportement d’un jeune à Cocody n’est pas forcément celui d’une commerçante à Korhogo.
Ces chiffres donnent un contexte. À vous d’aller chercher le portrait précis de votre cible.
3. Les données des plateformes
C’est une source souvent sous-estimée et parfois gratuite.
Dans le gestionnaire de publicités Meta, vous pouvez sélectionner une ville, une tranche d’âge ou un centre d’intérêt et consulter une estimation de l’audience. Même sans lancer de campagne, cela peut vous donner des indications utiles sur les personnes que vous cherchez à toucher.
Google Trends permet de voir ce que les Ivoiriens recherchent et à quelle période. Les statistiques de vos pages Facebook, Instagram ou TikTok vous renseignent aussi sur vos abonnés : leur ville, leurs habitudes et les heures où ils sont actifs.
Vous ne regardez plus seulement une moyenne : vous commencez à observer les personnes qui s’intéressent réellement à votre activité.
4. Les données du terrain
Une partie des informations les plus précieuses se trouve juste à côté de nous.
Le boutiquier sait quels produits se vendent en fin de mois. La commerçante connaît le prix auquel ses clients hésitent. Le livreur sait dans quels quartiers les commandes sont souvent annulées. La coiffeuse entend chaque jour ce que ses clientes pensent des marques.
Allez à leur rencontre. Posez des questions simples. Un après-midi d’échanges sur le terrain peut vous apprendre beaucoup.
Vous pouvez aussi lancer un sondage sur WhatsApp, dans un groupe ou en statut. Ce ne sera pas une étude parfaite, mais ce sera rapide, accessible et souvent révélateur.
5. Les données que vous produisez déjà
Beaucoup d’entreprises ont déjà des informations utiles sans les exploiter.
Les ventes quotidiennes. Les questions reçues sur WhatsApp. Les plaintes des clients. Les paiements mobile money, avec leurs heures et leurs montants.
Tout cela peut vous aider à comprendre qui achète, quand, comment et pourquoi.
Commencez simplement : notez ces informations et observez leur évolution. Un tableau bien tenu pendant trois mois peut vous en apprendre beaucoup sur vos clients.
Ma règle : croiser au moins trois sources.
Une donnée seule peut induire en erreur. Plusieurs sources qui se recoupent donnent une image plus solide.
Par exemple : les chiffres de l’ARTCI montrent une progression du mobile money, les estimations de Meta confirment qu’une audience est présente dans votre zone, et les commerçants vous disent que leurs clients paient de plus en plus par téléphone.
Là, vous avez des éléments concrets pour réfléchir à votre stratégie.
C’est le premier pilier du Concept COM’AFRIK : comprendre avant d’agir.
Une stratégie adaptée à nos marchés commence par les données de nos marchés; même lorsqu’elles sont imparfaites.

